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"A diverses époques de l'avenir, dans
vingt ans, dans cinquante ans, dans cent ans, on voudra savoir
comment la Grande Guerre s'est passée ; on recherchera les
récits, les souvenirs des acteurs, des témoins ; on se
passionnera pour ces lectures. Et s'il arrivait, comme
chacun le souhaite, que le monde vécu désormais en paix, c'est
alors et surtout que nos descendants voudront savoir comment
s'est accomplie cette époque tragique [...].
La guerre mondiale leur apparaîtra avec
toute sa grandeur : elle leur imposera la reconnaissance"
¹.
Des villages écrasés et mêlés à la terre
; des villes dévastées
par le feu ; une terre retournée par un incessant pilonnage ;
des vies anéanties, civiles ou militaires ; des êtres humains
déchiquetés, gazés, défigurés ; des disparus
et des morts, dix
millions de toutes nationalités, Français, Allemands, Russes,
Autrichiens, Anglais, Belges, Serbes, Italiens, Canadiens… La
Première Guerre Mondiale a profondément marqué le monde et
l'Histoire du XXème siècle. Son spectre plane encore, malgré son
éloignement dans le temps, en particulier dans les Balkans,
point d'origine de cette " Grande Guerre " un certain 28
juin 1914.
Guerre européenne en 1914, elle se voulait courte
mais le choc
des armées sur la Marne, ainsi que sur d'autres fronts, prouva
le contraire. Les français - rouge garance et gris de fer bleuté
- se jettent dans la fournaise, suivant la doctrine de
l'offensive à outrance, et se heurtent à un mur mortel de balles
de mauser et d'obus. C'est une véritable hécatombe humaine, les
munitions s'épuisent ; l'ennemi aussi. La guerre courte, fraîche
et joyeuse appartient désormais au passé. Vers Noël 1914, les
troupes s'enterrent et se fixent, la guerre en rase campagne
fait place à celle des tranchées, tout autant meurtrière et
avilissante.
1915, la vie dans les tranchées est terrible. L'humidité, les
poux, les maladies, le froid, la faim et surtout la boue font
corps avec les soldats, paquets informes et mouvants attendant
l'obus, la balle ou l'explosion de mine qui mettra fin à la vie
dans un coin de la tranchée. Pour entretenir l'ardeur des
combattants, des opérations sont menées pour reprendre les
observatoires et de meilleurs positions perdues lors de la
retraite de 1914. Mais le " grignotage " et le désir de
percée du généralissime Joffre se solde par d'effroyables pertes
pour une avancée de quelques centaines de mètres. Avance
néanmoins glorifiée dans le communiqué des armées pour la
propagande.
L'année 1916 glorifie le nom de Verdun. Les Allemands attaquent
en février, dans l'espoir de saigner à blanc l'armée française
mais celle-ci résiste grâce à la Voie Sacrée et au courage du
fantassin français. A Verdun, le bombardement succède au
bombardement, les attaques succèdent aux contre-attaques ; ce
n'est que mort entre Avocourt et Bezonvaux, c'est l'Enfer de
Verdun. Une autre grande offensive est lancée, cette fois dans
la Somme, par les Anglais et les Français. Mais elle se solde,
comme pour les Allemands à Verdun, par un échec. Rien que pour
la bataille de la Somme, il faut compter 1 300 000 tués, blessés
et disparus pour les forces allemandes, anglaises et françaises.
1917, l'année trouble. La Russie donne des signes de faiblesse,
la révolution gronde ; le général Nivelle remplace Joffre.
L'espoir de la percée et de la fin de la guerre ressurgit avec
la préparation d'une grande offensive, victoire-éclair. Commencé
en avril 1917, c'est un véritable échec qui engendre les
mutineries de l'armée française. En mai, les soldats refusent
d'obéir aux ordres, de monter en ligne (de rares cas ont lieu au
front) ; ils ne veulent plus être considérés comme de la chair à
canon à envoyer au casse-pipe. Pétain, le glorieux défenseur de
Verdun, succède à Nivelle et reprend en main l'armée française,
améliorant la situation des soldats et stoppant les offensives
inutiles.
Année décisive, 1918 voit l'effondrement de la Russie et le
report des forces allemandes d'Est en Ouest. Ludendorff peut
ainsi lancer plusieurs grandes offensives en divers points du
front. Surpris, les alliés reculent mais se ressaisissent pour
reprendre l'initiative après la deuxième victoire de la Marne en
juillet. Foch devient le commandant en chef des armées alliées,
les troupes américaines entrent en ligne et le 8 août, jour de
deuil de l'armée allemande, signe le début de la fin d'une
guerre devenue mondiale… Un à un, les alliés de l'Allemagne
tombe, la Bulgarie, la Turquie puis l'Autriche-Hongrie signent
chacun un armistice. Le 11 novembre 1918, c'est au tour de
l'Allemagne. A la onzième heure du onzième jour du onzième mois
de l'année 1918, le canon s'est tu sur le front occidental et,
par là-même, dans toute l'Europe. Les soldats peuvent enfin
sortir des tranchées, sans crainte de voir la mort faucher leur
vies. La peur peut laisser place à la joie.
Mais à quel prix ? Quelle famille n'a pas eu à pleurer un, voire
plusieurs, de ses membres ? Ce n'est que dévastation sur
l'ancienne ligne de front, bande de terre inculte et dangereuse.
A l'issue de cette guerre, les survivants se devaient de
construire une paix durable : 1914-1918 devait être la " Der
des Ders " ; il en fut malheureusement autrement…
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